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Alexandre H. Mathis
Je me rappelle Le Terrain Vague
d'Éric Losfeld rue de Verneuil
Portrait d'un éditeur
Ma rencontre avec Éric Losfeld a suivi celle avec José Benazeraf.
Attaché de presse improvisé de Benazeraf que je venais de rencontrer, avec qui je venais de faire un long entretien, j'organise à sa demande, salle Ponthieu, une unique projection privée du film The French Love qu'il ne voulait pas voir sortir au Midi Minuit comme beaucoup de ses films, « cinéma de légende » post mortem qui ne l'était alors pas pour tout le monde.
La salle rue de Ponthieu, réservée aux projections de presse, devait avoir une soixantaine de places. J'envoie, avec Anne Angel, devenue, après cette rencontre subite, la secrétaire (éphémère) de Benazeraf, cinq cents cartons d'invitation pour être certain de remplir la salle. Tout le monde ne viendra pas, heureusement. Certains regarderont tout de même le film assis sur la moquette, dans les allées latérales, sous le voile des fumées de cigarettes. Parmi les invités, figuraient Alain Bernardin, directeur du Crazy Horse Saloon où Benazeraf avait tourné des scènes de Vingt-quatre heures d'un Américain à Paris, Henri-François Rey, Frédéric Dard, qui avaient travaillé avec Benazeraf dans le passé, le cinéaste expérimental Roland Lethem, membre de midi/minuit Fantastique, venu de Bruxelles spécialement pour voir le film, Pierre Bouteiller (qui dira l'aimer), le critique du Figaro Pierre Mazars, Jean Roy (L'Humanité), Jonathan Farren, Jean-Claude Romer, Michel Caen, et Éric Losfeld… éditeur de Positif (revue de cinéma phare), de midi/minuit Fantastique et de tant de livres hors normes… pour ne citer que les principaux invités.
Éric Losfeld quelques jours après la projection émet le désir de publier un livre sur Benazeraf, dans sa collection Anthologie permanente de l’érotisme au cinéma, dont le premier numéro était consacré par Ado Kyrou aux films de Jean Rollin, c'était Sex Vampire.
J'expédie, on ne peut pas parler d'écriture, une dizaine de feuillets tapés à la machine, de façon impromptue, que je joins à l'entretien réalisé quelques mois avant, présente le tout à l'éditeur, sur une petit nuage à l'idée d'être édité par Éric Losfeld. Pour tout dire, j'étais surtout heureux de le rencontrer. Il lit mes pages, apporte lui-même les corrections nécessaires à la typographie sans suggérer de changement ni de remplacer un mot, même si le contenu n'adhérait pas toujours aux goûts connus de Losfeld. Benazeraf s'étend notamment dans l'entretien sur Robert Bresson en des termes très élogieux, alors que je gardais le souvenir d'avoir lu sous la plume de Michel Caen à l'occasion d'un festival Benazeraf au cinéma Midi Minuit, que le père de Joe Caligula avait une « aversion » pour l'auteur d'Au hasard Balthazar, ce qui m'avait induit à poser la question à l'intéressé, surpris par une telle allégation. Nous n'avons pas abordé ces divergences de goûts avec Losfeld, pour ce qui concerne le livre. Il y en avait d'autres, célèbres, avec les noms de Godard, de Céline que Losfeld clamait haut et fort n'avoir jamais lu et ne vouloir jamais lire, dès que quelqu'un se risquait sur un sujet provoquant des conversations animées ; les réponses étaient parfois vives et péremptoires ! San Antonio, « qui ne connaît pas l'argot » n'avait pas plus de crédit.
Nobody is perfect ! ironise Joe E. Brown à la fin de Certains l'aiment chaud…
Avec Anne, qui cosignera cet opuscule, – Losfeld éditait aussi des tout petits livres, celui intitulé Melody Nelson en est un joli exemple si vous ne saviez pas quoi faire d'une pièce de 5 francs, – on commence à venir voir Losfeld, rue de Verneuil, le matin, vers dix heures, presque chaque semaine. Il devait y avoir un jour de préférence mais j'ai oublié lequel. Ce devait être en début de semaine. L'auteur de Melody Nelson, pour ne pas le nommer, créchait juste en face, et l'on voyait souvent Jane Birkin – minijupe cuissardes et cabas ou en jean – sortir avec deux petites filles. Gainsbourg on ne le voyait pas. Il faudra que je sonne à sa porte pour le voir. Benazeraf donc... pour revenir à ce qui nous occupe, me confie la clé de sa cave un week-end pour choisir parmi des milliers de photos de ses films, celles dont j'ai besoin. Losfeld est prêt à signer le contrat quand se pose le problème de la couverture. Il faut une photo (en couleurs) qui claque. Je voulais Janet Dunphy, une pianiste classique anglaise qui avait posé pour Penthouse avant de jouer la putain imaginaire à laquelle s'identifie Janine Raynaud dans Frustration, l'un des deux chefs-d'oeuvre absolus de Benazeraf, on peut le dire. Benazeraf qui ignorait jusqu'au nom de son interprète, opine et ne prend pas un moment pour couper une image dans son film. On reste dans les rouges flamboyants avec Kacia Bartel, image rutilante qui ouvre le prologue d'Un épais manteau de sang, belle entrée en matière au film, et au bouquin. La photo séduit Losfeld de suite, mais Benazeraf exige un droit de regard sur l'ouvrage. Je vois poindre l'orage, venir l'altercation. Elle n'aura pas lieu. Irréductible comme Benazeraf, Losfeld lâche cette phrase entre nous : je suis le seul éditeur au monde qui ferais un livre sur Benazeraf, alors qu'il nous emmerde pas davantage, sinon je ne fais pas le livre. Naturellement je prends le parti de Losfeld. Benazeraf, qui a tout de même envie de voir la chose exister – il me dira tout le bien qu'il pense de l'opus quand je le reverrai trente ans après – jette l'éponge, sans discuter. Le contrat est signé pour un tirage de 10.000 exemplaires à 24 francs quand Benazeraf lâche son Ekta, et Losfeld me donne un premier acompte de 2000 francs. J'ai chaque fois trouvé une élégance rare chez Éric Losfeld face à l'argent, pourtant il était connu pour collectionner les emmerdes. Le 7 décembre 1972 vers 11 heures, Losfeld nous invite au Galant Vert, le restaurant attenant au Terrain Vague, pour arroser « l'enfant » avec deux ou trois verres de Sancerre sur le zinc, comme on le refera lorsque le livre paraîtra sept mois plus tard, ou quand nous serons seuls avec lui dans la librairie. En fin de matinée, toute une cour occupe souvent Le Terrain Vague.
Parmi l'équipe de Positif, protéiforme, on croise fréquemment Gérard Legrand, le plus attentionné, entre sa revue Coupure, financée par Losfeld, et des textes plus profonds, il écrit parfois sur un film de Benazeraf, Bernard Cohn, Michel Ciment, Jacques Sternberg dont Losfeld publie tous les romans, Robert Benayoun passe quelquefois vers midi avec son grand chien... quand il ne le laisse pas au volant de sa Porsche.
La librairie d’Éric Losfeld a une particularité, – peut-on lui donner le nom de bureau ? – jamais vue ailleurs. Le bureau proprement dit, visible de tous, est au fond de la librairie. C’est une espèce de désordre ordonné. Imaginez plusieurs grandes tables couvertes de livres de toutes sortes, en dehors de ceux qui sont rangés sur les étagères qui font le tour de l'espace, qui comprennent les livres édités par Losfeld et d'autres. Toutes sortes de livres traînent en permanence sur une table avec le journal du jour. Chacun peut regarder à loisir ce qui lui plaît. Un matin, je tourne les pages d’une revue américaine grand format, sur papier glacé, nommée Cinema, numéro en grande partie consacrée à La Plus grande histoire jamais contée de George Stevens, bien qu’il y ait d’autres choses dedans, photos superbes pleine page, sur demi-pages, doubles pages, je dis c’est très beau cette revue, Losfeld me dit ça vous intéresse ? prenez-le ! On connaît la détestation de Losfeld envers tout ce qui touche de près ou de loin à la religion, son antimilitarisme, son antipathie pour la police.
La mort étrange de Jean Boullet, toujours vêtu de cuir noir, retrouvé pendu au Maroc, dont Losfeld avait publié La Belle et la bête (un des plus beaux livres de cinéma), le goût particulier de Jacques Lacan (qui perche alors à l’exacte symétrie du pâté de maisons) pour les gants de femme qui couvrent le bras au-dessus du coude, rappelant une illustration de Nadja, l'image de la gare de l'Est liée au souvenir d'une fille de joie, qui l'invite à la suivre, en le gratifiant d'un : pour toi ce sera à l'œil, lorsque Losfeld, soldat démobilisé, éclopé, arrive à Paris, d'ajouter à regret je n'ai pas pu monter les cinq étages, sont des sujets récurrents que je peux dévoiler, ils n'avaient plus de secret pour aucun de ceux qui étaient présents.
La jambe raide, calée sur son bureau, à côté du paquet de Gauloises, quand il n'y avait personne... ou presque – c'était la droite il me semble, si je resitue le souvenir face au bureau, toujours en cravate, gilet de costume assorti, pochette de couleur dans la poche supérieure du veston ou veste de velours, cheveux plaqués en arrière, regard perçant, la Gauloise au bec ‒ il n’en allume pas une sans tendre son paquet vers moi ‒ amateur de calembours, d'humour noir, il conte ses histoires avec malice, toujours accueillant quand on pénétrait dans sa caverne.
Entretenant des liens d'amitié avec Lacan ou Jean-Marie Le Pen qui lui rendait hommage récemment dans ses mémoires, Éric Losfeld, un des plus étonnants éditeurs des années 60, a publié plus d’un millier de titres. Œuvres complètes de Benjamin Péret, Marcel Duchamp, André Breton bien sûr, Jacques Vaché, œuvres complètes de Maurice Raphaël (réédition, plus connu sous le nom d'Ange Bastiani, jaquettes illustrées par des toiles de Molinier), Man Ray, Vernon Sullivan & Boris Vian, Surréalisme au Cinéma et Amour érotisme et cinéma (que lit Janine Raynaud dans Frustration!), L'Écran démoniaque de Lotte H. Eisner, Picabia, Cravan, Lautréamont, Poe illustré par Doré, Sade, Sacher-Masoch, Henry Miller – Jours tranquilles à Clichy devient un film en 1970 sous la caméra de Jens Jorgen Thorsen –, Lewis Carroll, Sheridan Le Fanu, Bram Stoker, Kafka, Hoffmann, Rabelais, Sue, Jean Ferry, Marcel Mariën, Raymond Roussel, L’Expérience démoniaque, Ambrose Bierce, Grandville, Lacassin, Soupault, Brassaï, Klossowski, Maurice Lemaître, Béalu, Claude Seignolle, Michel Wichard, Romi, Topor, Bellmer, Fidel Castro (Oraison funèbre pour « Che » Guevara), Arrabal, Les Immortelles de Bourgeade avec les photos de Rita Renoir, La Trilogie noire de Malet, Leroux, Jacques B. Brunius, Isodore Isou, La Gana de Jean Douassot, Pierre de Massot, Raymond Borde, André S. Labarthe, Louis Seguin, Mario Mercier, Fereydoun Hoveyda, José Pierre, Dorémieux, Nelly Kaplan, Gérard Klein, William Klein, Clifford Simak, L'Île fantôme de Washington Irving (nouvelle traduction de Benayoun), Jean-Louis Brau, Michèle Firk (disparue dans une guérillera au Guatemala), Yvette Romi, Edgar Morin, Jean Rouch, Barbarella, Scarlett Dream, héroïne épure, premier album cartonné somptueux aux grandes planches sépia, Les Aventures de Phoebe Zeit-Geist (une des plus belles BD, vite interdite à l'affichage), Valentina, Pravda la survireuse, Saga de Xam, Epoxy, Escalade, Les Aventures de Jodelle, Les Aventures de Cyber, Xiris, Druillet, Bertrand, Pichard, La Vie exaltante d'Alfred Baugard, La Grande aventure du cinéma suédois, Le Nouveau cinéma scandinave, Humphrey Bogart, Histoire du cinéma nazi, Max Ophuls, Le Procès Clouzot, Bonjour monsieur Lewis, Luis Bunuel, Le Cinéma au service de la révolution, pour ne citer qu’une minime partie du patrimoine Losfeld, avec des kyrielles de romans érotiques, qu'il avait parfois écrits lui-même sous l'anagramme Dellfos, sans omettre l'édition de Mme de V… a des idées noires, roman clandestin de Loulou Morin, masque probable de Roger Nimier et de Louise de Vilmorin, édité en 1955 à Genève (A la Mauvaise Graine), ouvrage avec des illustrations attribuées à Jean Boullet, condamné la première fois le 24 octobre 1957.
Chaque livre édité par Losfeld est un objet singulier, ne ressemblant pas à un autre. Beaucoup ont été l'objet de poursuites diverses pour obscénité, atteinte aux bonnes mœurs, etc. La revue de cinéma midi/minuit Fantastique fut estampillée d'un Interdit aux moins de 18 ans sur la couverture après le double n° 18-19 de décembre 1967-janvier 1968, et toute publicité, tout affichage public, devenaient bannis, y compris dans la vitrine de sa propre librairie.
Le combat solitaire d'Éric Losfeld, la rage contre la censure, auront été une guerre gagnée pour d'autres, post mortem.
Benazeraf de son côté avait cette volonté farouche, permanente, à vouloir faire reculer les barrières de la censure, avec une indépendance absolue. En 1968, dans le Petit journal d'Éric Losfeld Nous ne pensons pas qu'à.... rubrique ludique aux dernières pages de Positif, six pages illustrées étaient consacrées à Joe Caligula totalement interdit depuis 1966. Le film ne sortira qu'en 1969.
Derniers soubresauts de survie, le n°2 de l'Anthologie permanente de l'érotisme au cinéma a le même format que midi/minuit Fantastique, à quelques millimètres près. L'objet sort peu après Images du roman noir, à la couverture cartonnée violet turquoise, choix de textes et de gravures par Maurice Lévy. « Le Terrain Vague » ne figure plus que sur le contrat, amorce du dernier souffle des éditions du Terrain Vague qui continuent sous le propre nom d'Éric Losfeld. Quarante exemplaires d'un livre revenaient à l'auteur. Ce jour de juin 1973, je verrai une pile de ce José Benazeraf, avec Kacia Bartel nue en couverture, s'élevant au rayon librairie du drugstore de l'Opéra sur des dizaines de centimètres. Une semaine après, Kacia Bartel avait déserté le drugstore Opéra, partie comme des petits pains ou retirée de l'exposition publique ? Drugstore de l'Opéra, et cinéma Festival alors accolé, ont disparu depuis dans l'abîme du temps. Au Ranelagh, un hommage à l'auteur de Cover Girls et du Cri de la chair suit, indépendemment, la sortie de cette Anthologie n°2.
Losfeld m'avait envoyé voir un vieil imprimeur, charmant, pour être sûr que la photogravure et l'évolution de la maquette, comprenant plus de deux cents illustrations, me conviennent. Maquette sans fioritures, elle met parfaitement en valeur, avec ses doubles pages pleines, un film comme Les Premières lueurs de l'aube. On a l'impression de suivre une bande dessinée, sans légende.
Comme d'autres titres au contenu trop direct, suscitant des répréhensions guindées, je ne reverrai pas dans la vitrine du 14-16 rue de Verneuil Kacia Bartel exhiber sa nudité en tenant d'une main désinvolte le Burberry qu'elle venait d'enlever pendant le prologue d'Un épais manteau de sang, – film dont le négatif a brûlé.
Il n'y aura pas de n°3 à l'Anthologie permanente de l'érotisme au cinéma. Jean-Pierre Bouyxou avait émis le désir de faire un Jess Franco, il me répétait au cours de nos échanges épistolaires que Losfeld ne répondait pas à ses lettres. Quand un matin j'aborde le sujet, Losfeld me dit qu'il veut bien faire un Jess Franco, ajoutant qu'il ne fera pas un Max Pecas, ‒ il est vrai que les vertus moralisatrices de « Max Racine », même si des films de Pecas ont été défendus par certains au sein des colonnes de Positif, sont à l'opposé des vues plus subversives de « José Corneille » pour se référer à un texte (calé et savoureux) paru dans Positif signé Jheronym Potocki (comprendre Gérard Legrand) ‒, et Losfeld nous raconte une anecdote à propos de sa rencontre inopinée avec le réalisateur espagnol qui vient vers lui dans un night-club, Losfeld prend alors un accent espagnol pour l'imiter : yé souis Résus Franco…
Éric Losfeld nous avait (pré)dit avant que la nouvelle soit officielle que Pompidou, qui était aussi à la source de ses ennuis, allait passer l'arme à gauche ; la même matinée de 1972, il grognait en apprenant la sortie prochaine du film italien Moi Emmanuelle, film où Erika Blanc a tout le temps mal au ventre, qui sortira en toute discrétion dans un petit circuit sexy. C'était un an avant de voir paraître le film de Just Jaeckin sur l'écran du cinéma Le Triomphe, aux Champs-Élysées, où il restera près de dix ans en exclusivité.
Une Messaline d'Alfred Jarry introuvable voit le jour en 1977 dans la collection Merdre.
J'ignore comme tout le monde le chiffre des amendes que Losfeld eut à payer pour avoir publié Emmanuelle Arsan entre autres livres devenus aujourd'hui des classiques de la littérature, on a émis celui de cent millions d'anciens francs. Je reverrai Éric Losfeld dans un grand bureau impersonnel sur les Champs-Élysées chez Filipacchi, où il travaillait pour payer les procès incombés à certains de ses livres, je lui avais téléphoné pour je ne sais plus quelle raison et il m'avait accueilli avec la même disponibilité qu'auparavant. Je ne sais plus de quoi l'on a parlé, on marchait, lui la jambe raide, on a dû fumer une cigarette, à défaut de sécher un verre de blanc au Galant Vert et il me confiera d'une voix calme, que me rappellera celle de Claude Piéplu : je m’emmerde ici, vous ne pouvez pas imaginer.
Cet homme à la culture infinie, à la finesse drôle et chaleureuse dont je n'ai connu qu'une des facettes, le plus grand éditeur des années soixante pour certains – tire sa révérence le 18 novembre 1979 à cinquante-huit ans, en secret, au grand étonnement de tous.
Je feuillette en ce moment quelques-uns de ces bulletins d'information trimestriels que Losfeld envoyait à ses abonnés, illustrés colorés, copieux, pour annoncer ses nouveautés, catalogues sans doute introuvables aujourd'hui, que j'ai, par bonheur, conservés par je ne sais quel hasard miraculeux, peut-être parce qu'ils ne ressemblent à ceux d'aucun autre éditeur. On lit en haut de chaque page de l'un d'eux : « tout ce qu'édite Éric losfeld sort de l'ordinaire en claquant les portes » ; le n°6 d'Arcanes Nouveautés 1970 Éric Losfeld en partie consacré à l'érotisme commence par à bas la censure !
Inéluctable modalité du visible, pour emprunter l'« image » à Ulysse de James Joyce.
Un certain Poco (Le Blues la cuisine et les mots), officiait au Galant Vert, derrière le comptoir. Il nous servait, en fin de matinée, lorsque Losfeld avait décidé : allez on va se jeter un blanc ! Point commun entre les deux hommes, ils avaient lu l'un et l'autre les 1500 titres de la Série Noire.
Le Galant Vert et Le Terrain Vague sont aujourd'hui des agences aux façades immaculées, sans vie aucune.
Seul existe ce que l'on voit.
Le passé est invisible à l'œil nu.
Il existe un beau film de Robert Benayoun autour de ce thème, je l'ai vu au Studio Saint-Séverin, un cinéma qui n'existe plus. Une image de ce film a fait une couverture de Positif, il s'appelle Paris n'existe pas.
Alexandre H. Mathis, 2017
toute reproduction interdite
une autre littérature, aux pages non coupées
Fereydoun Hoveyda
impression noire (non grise comme souvent)
le cinéma éponyme du boulevard Poissonnière (Boublil dir.)
permanent en réalité de 10h à minuit (D.R.)
© A.H.Mathis
cinéma Midi Minuit, boulevard Poissonnière
photo Jean-François Chaput
(parue dans José Benazeraf la caméra irréductible, Herbert P. Mathese, Clairac éd. 2007)
Un film qu'Eric Losfeld ne pouvait pas voir, et que Michel Caen considérait comme le plus beau film de science-fiction, sur lequel il avait écrit un long texte dans Midi Minuit Fantastique, Alphaville de Jean-Luc Godard.
des livres de cinéma comme SEUL Eric Losfeld savait en faire
300 pages dont 130 pages de photos
Anna Angel (photo Mathis)
à la même époque (sortie en 1972), on pouvait découvrir les débuts de Pamela Stanford au cinéma, courte apparition dans Frustration de José Benazeraf. Film vu deux fois en une semaine au Monte-Carlo sur les Champs-Elysées, qui m'avait incité à téléphoner à J. Benazeraf (dont j'avais trouvé le numéro dans le Bottin, il avait décroché lui-même le téléphone - times are changing).
ci-dessous
Poco, l'homme qui nous servait au Galant Vert
le blues la cuisine et les mots - Alexandre H Mathis romans et films
mort discrète d'un petit commerce Alexandre H. Mathis À trois enjambées des fourches du gibet de Paris, où cadavres des malandrins dansaient sous les oiseaux de proie, quand le gibet de Montfau...
http://https-alexandre-mathis.over-blog.com/2020/04/le-blues-la-cuisine-et-les-mots.html