Outre Tombe est un film d'avant-garde, né de l'esprit d'un homme réfractaire à toute forme de compromis, qui accomplit là un geste contestataire, d'une liberté artistique inouïe.
Fort de sa durée de sept heures, Outre Tombe a toutes les vertus d'une authentique expérience artistique. Son intrigue est simple : une femme, Catherine Lapeyre, a été jugée pour sorcellerie en 1662. Elle revient, de nos jours, hanter les terres de son supplice. On voit, des heures durant, ce fantôme errer.
Au fur et à mesure, le sujet du film apparaît clairement : il s'agit du temps. L'héroïne, bien évidemment, n'appartient pas à son époque. Elle est interprétée par Pamela Stanford, icône bis que l'on a pu voir jouer chez Jess Franco, ou, furtivement, dans l'une des plus belles réussites de José Benazeraf (Frustration), ou dans les productions de nazisploitation d'Eurociné, dont Les Gardiennes du pénitencier, d'Allan W. Steeve, pseudonyme d'Alain Deruelle, par ailleurs monteur d'Outre Tombe. Stanford s'était arrêtée de tourner en 1980, époque charnière qui vit disparaître une certaine conception du film érotique. De cette époque, subsiste une photographie de l'actrice, devant une pierre tombale qui, par l'effet d'une surimpression, donne le sentiment que le modèle se dédouble, en une fausse gémellité. Cette photographie apparaît à plusieurs reprises dans Outre Tombe.
Le village de Clairac a tout d'un désert moderne ; la prétendue sorcière y erre sans but, arpente ses ruines, puis on la voit parcourir furieusement les routes des environs à bord d'un bolide rouge. Elle traverse sans cesse la même voie de chemin de fer, sorte de Styx où Charon se serait métamorphosé en train hurlant, césure séparant un unique monde où le présent se mêle avec le passé, où l'espace a fait son lit avec l'absence, où les lignes qui séparent la vie de la mort semblent avoir disparu.
L'une des grandes satisfactions offertes par ce film, c'est de pouvoir vaquer sept heures durant dans un océan d'images, de rêver à leur vision, quitte à se perdre dans des interprétations répondant purement à nos propres obsessions. On pourrait aisément discourir sur des liens supposés, voire rêvés, entre Outre Tombe et Vertigo ; imaginer qu'Outre Tombe est l'oeuvre d'un voyeur qui a condensé, en 418 minutes, une année de filatures, que Mathis et Stanford rejouent incessamment l'impossible poursuite de Madeleine par Scottie, que Carlotta Valdès / Catherine Lapeyre sont, en une distorsion féline et quantique, belles et bien mortes et vivantes à la fois. On pourrait discourir longtemps sur l'apparition d'un tableau figurant les crues de la Garonne, lesquelles bouleversent le cours du temps, puisque dans ce type de tableau, c'est l'ampleur, soit la hauteur physique, de la crue qui prévaut sur la chronologie, la datation des crues, de même que les cernes du séquoïa de Vertigo impriment à la temporalité un rythme qui leur est propre.
En matière de réalité, justement, le film donne à voir une chose oubliée, des failles du réel qui agissent comme des éclairs. Mathis semble renouer avec la tradition des carnets filmés, ceux de Jonas Mekas (l'emploi de L'Hymne de Jupiter de Gustav Holst pourrait renvoyer à l'emploi de la musique classique chez Jonas Mekas, notamment dans ses Reminiscences).
Pierre-Julien Marest
extr. du texte publié sur culturopoing.com le 24 mai 2019
Pamela Stanford dans Outre Tombe (2018)
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Alexandre P. Mathis - "Outre-Tombe"
Outre-tombe, d'Alexandre Mathis, a tout d'un film invisible. Avant tout, car il ne trouve pas de distributeur et ceci car il ne peut être vu. Il s'agit d'un film d'avant-garde - nous ne retiendrons
https://www.culturopoing.com/cinema/evenements-cinema/alexandre-p-mathis-outre-tombe/20190524