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Alexandre H Mathis romans et films

Cinématique des Muses

Cinématique des Muses

 

Vingt égéries secrètes du cinéma

 

Écrivain et cinéphile exigeant, Ludovic Maubreuil vient de publier Cinématique des Muses chez Pierre-Guillaume de Roux.

Écartant les vedettes d'un cinéma consensuel, convenu, conforme, formaté, celui des stars aux émotions programmées, prévisibles, le choix de l'auteur s'est fixé sur des actrices qui l'ont véritablement inspiré, voire donné le goût du cinéma, comme on pouvait dire du cinéma d'il y a quarante ans qu'il arrivait encore à changer la vie entre le moment d'entrer dans un cinéma et celui d'en sortir, en étant un peu différent.

Ludovic Maubreuil a eu l'attention de me dédicacer son livre, en écrivant : «  pour Alexandre Mathis, ces actrices d'un autre temps, égéries d'un cinéma qui n'est plus. »

Voilà, je reprends la formule, tout est dit, ou presque. Ou pas encore.

Les actrices choisies comme Muses de ce Cinématique ont eu une importance dans la vie (imaginaire) de l'auteur. Imaginaire ? Comme dit l'autre, la vraie vie est ailleurs. Phrase que reprend Ferdinand dans le film de Godard, Pierrot le fou.

Ce qui nous écarte encore un peu de la vie dite réelle d'autres.

La vie au cinéma, si elle est réelle sur l'écran, a toujours été intérieure. Même lorsqu'on tourne un film... du moins pour certains. C'est vrai pour l'écriture, la musique, la peinture.

La (VRAIE) vie sera au choix de chacun.

C'est ce qui génère Cinématique des Muses. Pas d'autobiographies mais des portraits d'actrices (au destin dramatique parfois de ne plus jouer durant des décennies pour ne citer que le cas Tina Aumont qui n'est pas le seul), Tina déambulant en petite tenue pendant tout L'Urlo, à bicyclette dans Le Secret de la vie, passagère de la 504 cab orange conduite par Suzy Kendall dans le giallo Torso... (j'essaie pour ne pas les répéter de citer des images ne figurant pas dans le livre), ainsi Cinématique des muses présente vingt actrices, comme des morceaux choisis suivant une sélection de films qui les représentent au travers d'une cohérence, d'un choix, d'un parcours suffisamment riche (pas une carrière – quel mot trivial), essence de ce qu'elles inspirent, expriment, vision d'une vie retrouvée de film en film, avec la particularité de chacune de l'un à l'autre, quelle que soit la diversité des personnages incarnés, interprétés, créés. Gestes, expressions, réactions, attitudes, regards... de chacune parsèment un chapelet de films aux secrets idoines. Poésie d'un regard où se mêlent analyse, littérature, peinture et bien sûr cinéma, portraits érigés avec leurs histoires comme La Femme au portrait, avec ce qu'ils cachent également.

Hors des sentiers battus que l'on fait les plus belles découvertes. Sont passées au peigne fin Geneviève Bujold (les éditeurs dvd pourraient avoir l'heureuse initiative d'exhumer Isabel, film fantastique canadien de Paul Almond), Maria Schneider... ses sourires dans Profession : reporter, L'araignée d'eau... Élisabeth Wiener, l'Inquiétante étrangeté et fragilité inquiète d'Édith Scob, Catherine Jourdan, Cathy Rozier, Mimsy Farmer, Jeanne Goupil, Anicée Alvina intime des films de Gérard Blain, Francine Bergé (regard sombre dévastateur dans Les Abysses de Papatakis, silhouette agile qui se profile la nuit sur les toits de Judex, Nicole Kalfan (Le Grand amour de Pierre Etaix, Êtes-vous fiancée à un marin grec ou à un pilote de ligne ? de Jean Aurel que les éditeurs dvd pourraient avoir l'heureuse initiative d'exhumer), Joanna Shimkus toujours lumineuse (De l'amour, Ho !, Laetitia des Aventuriers, Montparnasse-Bienvenüe), sa légèreté, sa fantaisie – trait absent maintenant du cinéma), Marie-France Pisier, taquinant Robert Hossein dans Les Yeux cernés (que Gaumont à la demande pourrait éditer en dvd), qui maquille, en riant, en le dévisageant, Le terrible Vampire de Dusseldorf, Jacqueline Sassard (inoubliable Gwendalina), que Positif au cours des années 1960 avait appelée la femme aux yeux de sphinx, disparue des écrans après Les Biches, comme si le cinéma avait rejoint la réalité et Ludovic Maubreuil nous dit presque pourquoi, Elsa Martinelli, Ottavia Piccolo... Claude Jade, Amanda Langlet, Catherine Spaak... ou Lisbeth Hummel (La Bête) dont « l'adorable impudeur n'a rien à voir avec les hauts cris de l'obscénité sur commande, dont le commerce machinal a depuis dissipé jusqu'à l'idée même de cinéma libertin. »

Deux cents pages de rencontres vibrantes,  très personnelles, avec les actrices d'un éternel féminin révolu du cinéma.

 

Alexandre H. Mathis

 

 

 

Cinématique des Muses

Les Yeux cernés 

 

Cinématique des Muses
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